D’où viens-tu ? C’est une question qu’on pose souvent. Elle se glisse entre “Ça va ?” et “Tu fais quoi dans la vie ?” C’est ce moment de la rencontre où l’on regarde un peu ses pieds,et que nos mains cherchent un repli sous l'aisselle ou le menton, un peu gênées.C’est là qu’arrive cette grande question qui est censée nous mettre à l’aise…
D’où viens-tu ? Comme si la réponse allait de soi. Comme si on pouvait la résumer en un mot. Et quand bien même, quel serait ce mot ? Un lieu ? Une époque ? Une odeur ? Un événement ? Une personne ? Une sensation ? Peut-être qu’en posant cette question on n’attend pas vraiment de réponse. On ouvre sa porte à l’autre, on lui dit : “Je te considère, tu existes”
Mais alors “D’où viens-tu ?” Est-ce que ça veut dire “Qui es-tu ?” Est-ce c’est grave de ne pas savoir ? Nos origines, c’est quoi ? Un milieu ? Une culture ? Un territoire ? Et nos racines ? Se trouvent-elles dans notre propre histoire ? Quelle est la part que l’on reçoit en héritage ? Si on peut choisir qui on est, peut-on choisir d’où l’on vient ?
Moi, je ne sais jamais quoi répondre à cette question. Ma famille vient d’un peu partout, des Flandres belges à la Provence en passant par Paris, de l’ouvrier à l’aristocrate. Mes parents ont beaucoup déménagé, les maisons où j’ai passé du temps ont été vendues, je n’ai plus aucun lien avec les gens que j’ai connus avant d’être adulte.
Alors j'aimerais poser cette question à d’autres, en essayant de ne pas regarder mes pieds, et en laissant la place au détour. J’ai voulu savoir ce qui émergeait si on prenait le temps d’y répondre sincèrement.